Les Affaire$
24 octobre 1998
Par Dominique Beauchamp
Le plongeon de la Bourse canadienne permet de redécouvrir les vertus de la patience, de la prudence et de la "chasse aux aubaines".
Et pour cause. Le TSE 300 a connu le pire trimestre de son histoire, une chute de 23.8% pour les trois mois terminés le 30 septembre. Seulement sept fonds d`actions canadennes affichent un rendement positif pour les 12 mois terminés le 30 septembre.
Plusieurs des fonds ayant procuré la meilleure performance relative ont des points en commun : plusieurs ont une encaisse élevée et privilégient des sociétés au bilan sain, certains affectionnent des titres de premier ordre versant des dividendes tandis que d`autres s`appliquent à repérer des titres sous-évalués.
Autre fait notable, les fonds d`envergure brillent par leur absence. Les fonds les plus performants de la dernière année sont de petite taille. Quelques bonnes décisions de placement ont plus d`impact sur un petit portefeuille concentré que sur un portefeuille milliardaire très diversifié.
La taille des Fonds AIC les hisse parmi les géants. Par contre, puisqu`ils achètent des titres et les conservent des années en portefeuille, ils n`ont pas encore eu à faire face au test de la négociabilité. Or, on sait qu`ils possèdent notamment plus de 20% de plusieurs sociétés ouvertes de fonds communs.
Les fonds d`envergure qui désirent détester des titres qu`ils ont en portefeuille ont du mal à se défaire de leurs importantes positions, surtout dans un marché où les vendeurs dominent. Le seul fait de savoir qu`un fonds cherche à vendre un bloc d`actions d`une société peut peser sur son titre en Bourse.
Parmi les fonds gagnants on retrouve plusieurs gestionnaires qui refusaient de payer une prime pour la croissance des sociétés. Gênés par la cherté des titres et des sommets inégalés plusieurs avaient laissé leur encaisse s`accumuler vers la fin du marché haussier. Le Fonds canadien IVY, par exemple, avait 36,2% de son actif en encaisse le 2 octobre, le Fonds de croissance canadien Universal, 30.8%, Acuity Pooled Canadian Equity Fund, 40%, Great West Life Equity Fund, 37.2%.
Les dépisteurs d`aubaines se retrouvent en tête avec la fiducie McElvaine et le Fonds Sécurité Cundill, récemment passés sous la coupe de la Corporation financière Mackenzie.
L`équipe Cundill adopte une approche disciplinée à contrecourant. Ses fonds investissent dans des sociétés méconnues, négligées, en défaveur et en redressement. Moins volatils que leurs consocurs à long terme, ces fonds ont toutefois trainé la patte tout au long du marché haussier des sept dernières années qui récompensait les sociétés de croissance.
Après une longue absence des classements de performance, les fonds Cundill refont surface dans le peloton de tête. Un coup d`oeil aux titres en portefeuille en laissera plusieurs perplexes tellement les sociétés sont obscures et disparates. Le holding industrel en démantèlement BOVAR (Tor., BVR 0,72 $) a un poids de 8% dans le portefeuille. Il est suivi de près par la coquille immobilière issue de la franchise maitresse du poulet frit KFC Scott`s Restaurants (Tor., SRG, 5,30 $), en litige contre le maitre franchiseur Pepsi Co.
Le fonds possède aussi le holding aurifère CSA Management (Tor., CSA.A, 9,25 $). Le radiodiffuseur Okanagan Skeena (Tor., OKS, 4 $) et le géant forester MacMillan Bloedel (Tor., MB, 14,70 $).
Benjamin Horwood, le gestionnaire montréalais du Value Contrarian Fund, n`a pas peur de braver le consensus.
À la fin d`août, son fonds avait 41,2 % d`encaisse, même si la chute de 25 % du TSE 300 a créé l`occasion attendue depuis trois longues années.
"J`ai encore de la difficulté à trouver des entreprises à mon goût à prix d`aubaine". , a-t-il déclaré aux AFFAIRES. Actuellement, il met graduellement cette encaisse au travail. Il demeure prudent "parce que les indices américains refusent de franchir le seuil d`un marché baissier officiel" en se maintenant au-dessus du chiffre magique de - 20%.
Son principal placement est dans le Groupe Saputo (Mtl, SAP, 30,25 $). "J`aime bien investir dans une industrie que je comprends et don't les produits ne deviendront pas désuets demain. La simplicité du mozzarella me plait". A-t-il laissé tombé avec son franc-parler habituel.
Saputo dégage d`importants fonds autogénérés de son exploitation qu`elle peut réinvestir pour améliorer sa productivité et conclure des acquisitions dans une industrie en consolidation.