La Presse, 7 juillet 1997
Par Valérie Beauregard

L`Anglo-Montréalais qui aime les firmes québécoises

Lancé en janvier, le fonds d `actions canadiennes Value Contrarian se classe troisième parmi un groupe de 220 fonds recensés par le service BellCharts, réussissant un rendement depuis le début de l`année de 17.1%.

La particularité de ce fonds d`investissement, géré par le Montréealiais Benjamin Horwood, cèst qu`il regorge de titres québécois plutôt que des traditionnelles valeurs sûres qu`on aurait tendance à accoler à un gestionnaire de fonds anglophone.

Benjamin Horwood, 39 ans, gère des fonds pour des particuliers depuis 1990 et cette idylle avec les sociétés québécoises existait déjà à cette époque. Sa premiére flamme : le Fonds Croissance Québec du gestionnaire de portefeuilles Montrusco et associés.

Il suffit de discuter quelques minutes avec M. Horwood pour réaliser sa passion pour des compagnies d`ìci , bien gérées et solides financièrement. C'est avec enthousiasme qu'ìl raconte son aventure dans Amisco, un fabricant de meubles en acier tubulaire de l'Islet, près de Montmagny et qu'ìl mentiionne son pèlerinage annuel à l'assemblée annuelle, à Sainte-Foy, Amisco obtient la cote d'amour de M. Horwood pour ses salaires modestes, des acquisitions logiques et son partage des liquidités excédentaires avec les actionnaires.

Le coût moyen de ses actions d'Amisco (il détenait ce titre avant la création du fonds) oscille entre 1 $ et 1,10 $ alors que l'action cote maintenant près de 6 $. "ET ILS ONT VERSÉ 75 CENTS L'ACTION EN DIVIDENDES AU COURS DES TROIS DERNIÈRES ANNÉES. J`AI QUASIMENT RECOUVRÉ MON COÛT D'ACQUISITION EN DIVIDENDES SEULEMENT", note M. Horwood.

Amisco affichait en 1994 des fonds autogénérés nets de 1,43 $. Cest-à-dire que la liquidation de son actif à court terme et le règlement de ses comptes-fournisseurs aurait rapporté 1,43 $ l`action alors que le titre se négociait à la Bourse. "ET CECI NE TENAIT PAS COMPTE DE LÀCTIF IMMOBILISÉ", précise M. Horwood.

Le gestionnaire a trouvé en Amisco un cas typique de Benjamin Graham, qui a écrit The Intelligent Investor, la bible des investisseurs qui mettent de l'avant la valeur fondamentale des entreprises. Ces value investors misent sur la solidité financière d'une entreprise sous-évaluée en bourse et sur l'éventuelle reconnaisance de sa valeur par le marché. Benjamin Horwood n'investit pas dans l'or ou la biotechnologie mais dans des entreprises qui produisent des biens essentiels à l`homme et sa fiancée. "SI C`EST UN INVESTISSEMENT SEXY QUE JE VEUX, JE PRÉFÈRE ME MARIER", lance à la blague le célibataire.

Benjamin Horwood considére qu`Amisco a été son meilleur pari bien que le risque fût mince puisque la société n'était aucunement endettée. Son seul risque : être une petite société québécoises se négociant pour presque rien à la Bourse. "C`EST MON CONCEPT DE JEU, DIT M. HORWOOD. UN JEU SANS RISQUE!"

La famille Lemaire de Cascades, reconnue pour sa maitrise en affaires et sa sobriété, fait aussi partie de ses chouchous, Benjamin Horwood n`a pas investi dans le groupe comme tel, puisquìl évite les structures à grandes ramifications, mais dans la filale Rolland et a gaiement retrouvé les frères Lemaire lors de lleur acquisition au bout du rouleau de Papiers Perkins à lété 1995. Depus juin, le fonds dìnvestissement desiné aux investisseurs sophistiqués est aussi un actionnaire d`uniforêt, dirigé par la famille Perron, question de jouer sur une remontée du prix de la pàte, explique M. Horwood.

Sa plus grande mésaventure : Stella-Jones, un fabricant de poteaux en bois pour les services publics. "IL FAUT SAVOIR ADMETTRE SES ERREURS ET LIQUIDER SA POSITION LE TEMPS VENU. C`EST SOUVENT LE PROBLÈME DES PETITS INVESTISSEURS QUI NE SAVENT PAS LE FAIRE", note M. Horwood.

Environ le tiers de l'actif du Value Contrarian Candian Equity Fund est placé dans des titres québécois. Au 31 mai, c'est la Banque Laurentienne, avec un peu plus de 5 % du portfeuille, qui constituait son investissement le plus important. Le gestionnaire misait d`entrée de jeu sur un divorce Desjardins-Laurentienne, ce qui semble se confirmer. C`est à ce placement dans la Laurentienne et à d`autres dans le secteur bancaire qu`il attribue en grande partie ses cinq mois de performance éclatante.

À la fin ma, parmi les plus importantes positions de ce fonds spécialisé, dans lequel on n'entre et du quel on ne sort qu`une fois par mois, figuraient aussi Velan (fabrication de robinetterie industrielle). Uni-Sélect (distribution de pièces automobiles). Produits forestiers Alliance, en plus d'Amisco et de Rolland.

L`affection de M. Horwood pour les titres québécois ne va pas sans tracasser certains de ses clients, révèle M. Horwood, inperturbable. Mais le fonds Value Contrarian n`est pas pour autant un mélange de titres québécois. L`argent est investi dans le reste du Canada comme aux Etat Unis, à l`intérieur, dans ce dernier cas, de la limite permise de 20 %.

En juin, c`est la société immobilière Bentall de Bancouver, une nouvelle venue à la bourse, détenue à 46% par la Caisse de dépôt et placement du Québéc, qui coiffait la liste des investissements du fonds Value Contrarian.

La position au comptant (30%) du fonds est très élevée et témoigne du pe d`aubaines dans le marché ainsi que de la prudence de son gestionnaire qui y a personnellement investi au-delà de 250 000 $ et refuse d'acheter juste pour le dire.

En plus d`être un investisseur fondamental, Ben Horwood se présente comme un théoricien du contraire. Comme le dit si bien le dicton français, il achète au son des canons et vend au chant des violons, Il s`inquiète quand le Wall Street Journal se vend comme des petits pains chauds chez le détaillant de magazines de son quartier. En de telles occasions, il sonne l`alarme dans la lettre financière qu`il produit pour ses clients et amis.

Pour ces mêmes raisons, Benjamin Horwood se dit for heureux de vivre à Montréal lors que plusieurs anglophones plient bagages. Si le OUI l'avait emporté au référendum de 1995, il aurait puisé dans ses liquidités pour acheter, à rabais, les titres de sociétés comme Lassonde et Quincaillerie Richelieru. Mais le premier investissement qu`il entendait faire, advenant une victoire du OUI. C`était d`acheter une maison à Westmount ou à Outremont, question de tirer avantage des occasions.

Le matin de l`entrevue, Benjamin Horwood venat de recevoir 100 000 $ d`un couple de Calgary qui lui envoyait son cheque dans le courrier. (La limite d'un investissement dans un fonds spécialisé comme celui de M. Horwood varie selon la réglementation provinciale, faute d`harmonisation dans le secteur des valeurs mobilières au Canada. Ainsi, elle est fixée à 150 000 $ au Québec et en Ontario, mais à 97 000 $ en Colombie Britannique et en Alberta.) Au grand désarroi du gestionnaire anglophone des investisseurs d`un peu partout au Canada on investi dans son fonds, mais pas un seul Québécois francophone.

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